Femmes et reconversion : et si vous étiez votre propre frein ?

Vous avez une envie. Vous avez peut-être même un projet. Mais vous attendez que « toutes les conditions soient réunies » pour vous lancer… Et si, en réalité, vous attendiez de vous sentir légitime ?
75 % des femmes estiment qu'il est difficile de changer de métier, contre 68 % des hommes. Pourtant, une fois qu'elles franchissent le pas, elles réussissent davantage leur reconversion : 61 % contre 54 %.
IFOP pour 365 Talents, 2022 / Observatoire des Transitions Professionnelles, 2024
Madeleine (prénom fictif, pour des raisons de confidentialité), 42 ans, responsable de formation dans une grande entreprise, m'a contactée six mois après avoir renoncé à créer son entreprise :
« Je n'étais pas prête. »
Son projet existait pourtant depuis longtemps : se mettre à son compte pour pouvoir créer ses propres formations. Les compétences étaient là. L'envie aussi. Ce qui manquait, c'était la permission de se lancer.
Cette phrase, « je ne suis pas encore prête », je l'entends régulièrement. Et c'est souvent une femme qui la prononce.
Un paradoxe que les chiffres éclairent
Les deux chiffres cités ci-dessus forment un paradoxe saisissant. Les femmes perçoivent le changement de métier comme plus difficile que les hommes et pourtant, quand elles se lancent, elles réussissent davantage.

La précarité de l'emploi féminin, la charge familiale souvent déséquilibrée, la dépendance économique au sein du couple : ces réalités ne sont pas des prétextes. Elles pèsent. Et toute transition professionnelle sérieuse doit les prendre en compte.
Mais ces obstacles objectifs n'expliquent pas tout. Il y a souvent, en plus, quelque chose qui relève de la croyance et non de la réalité : la perception de sa propre capacité à y arriver. Et cette perception, chez les femmes, est souvent plus négative que la réalité ne le justifie.
C'est ce deuxième obstacle-là, celui qui vient de l'intérieur, que le coaching peut aider à déconstruire. Tout en accompagnant la levée des freins bien réels.
Le sujet n'est pas de nier les contraintes. C'est de les identifier et de ne pas se laisser arrêter par celles que l'on s'impose soi-même.
Les drivers : ces injonctions qui conduisent votre vie à votre place
Pour comprendre pourquoi cette perception intérieure est si tenace, le psychologue américain Taibi Kahler a identifié cinq « drivers » : des injonctions intériorisées qui dictent silencieusement nos comportements, souvent sans que nous en ayons conscience.
Ces cinq drivers sont : sois parfait·e ; fais plaisir ; sois fort·e ; dépêche-toi et fais des efforts. Parmi eux, deux reviennent de façon particulièrement fréquente dans les parcours des femmes que j'accompagne.
- « Sois parfaite » : attendre d'être « prête à 100 % » avant de se lancer. Travailler deux fois plus pour prouver sa légitimité. Reporter indéfiniment le passage à l'acte parce que « le projet n'est pas encore assez mûr ».
- « Fais plaisir » : dire oui aux demandes, même au détriment de ses propres besoins. Ne pas décevoir. Être celle sur qui l'on peut toujours compter. Et culpabiliser dès que l'on pense à soi en premier.
Ces deux drivers combinés créent une posture d'hyper-adaptation : on ajuste constamment ses besoins aux attentes des autres, on reporte son projet, on attend le « bon moment » qui ne vient jamais.
Madeleine le reconnaissait : « je me disais que je devais d'abord finir ce projet au bureau, attendre que les enfants soient plus grands, mettre de l'argent de côté… Il y avait toujours quelque chose de plus urgent que moi. »
Croire en ses capacités grâce à son self-efficacy
Le psychologue canado-américain Albert Bandura a développé un concept clé pour comprendre ce blocage : le « sentiment d'auto-efficacité » (self-efficacy). Il désigne la croyance d'une personne en sa propre capacité à réaliser une tâche ou un projet.
Ce n'est pas l'estime de soi. C'est plus précis et plus opérationnel : « suis-je capable de faire ça, moi, concrètement ? ». Il s'agit de la confiance en soi.
Bandura a montré qu'un sentiment d'auto-efficacité élevé conduit à explorer, tenter, persévérer. Un sentiment faible conduit à l'évitement, même quand les compétences objectives sont là.
C'était le mécanisme à l'œuvre chez Madeleine. Elle ne manquait pas de compétences. Elle manquait de la conviction intime qu'elle pouvait les mobiliser dans un nouveau contexte. Et cette conviction, nourrie en creux par des années de drivers « Sois parfaite » et « Fais plaisir », ne se décrète pas. Elle se reconstruit.
Bonne nouvelle : Bandura a démontré que l'auto-efficacité n'est pas figée. Elle se renforce par quatre leviers : les expériences de succès passées, l'observation de personnes similaires qui réussissent, les encouragements de l'entourage et l'interprétation de ses propres états émotionnels. C'est précisément sur ces quatre leviers que travaille le coaching.
De l'attente à l'action : ce que change le coaching
L'accompagnement en coaching de Madeleine a permis notamment de :
- Distinguer les freins réels des freins liés à ses croyances. Certaines contraintes doivent être prises en compte : situation financière, charges familiales, contexte de couple. D'autres sont des peurs amplifiées par ses propres drivers ou par des croyances.
- Identifier et nommer les drivers qui retardent le passage à l'acte, pour les recadrer sans chercher à les supprimer.
- Recenser les réussites passées pour reconstruire un sentiment d'auto-efficacité ancré dans des preuves concrètes.
- Déconstruire les croyances limitantes qui font passer les besoins des autres avant les siens : « penser à moi, ce n'est pas être égoïste » ; « je n'ai pas à être parfaite pour être légitime ».
- Construire un projet pour soi avec des protections réalistes, notamment financières et organisationnelles, qui tiennent compte de la vie réelle.
Madeleine, au fil des séances, a réalisé une chose simple mais décisive : elle attendait la permission de quelqu'un d'autre. Elle a compris qu'elle seule pouvait se la donner. Elle a lancé son activité de formation indépendante six mois plus tard, en conservant son contrat salarié le temps de valider son modèle. Pas un saut dans le vide. Une transition construite, à son rythme.
Ma conviction, nourrie de l'intérieur
Au cours de ma carrière, il m'est arrivé d'attendre « le bon moment » pendant trop longtemps. Jusqu'au burn-out. Ce que j'ai déconstruit pour réussir ma reconversion après cet épisode difficile, c'est précisément ce que j'accompagne aujourd'hui : l'idée que mes besoins pouvaient attendre et que mes croyances étaient des vérités.
Vous avez le droit de vouloir autre chose. Vous avez le droit de choisir pour vous. Et vous n'avez pas à attendre d'être parfaite pour commencer.
Vous souhaitez construire votre reconversion à votre mesure, sans attendre « le bon moment » ? Je serais heureuse d'en discuter avec vous lors d'un premier échange, sans engagement.

Catherine Chevalier
Coach professionnelle certifiée RNCP – Sens et Engagement Coaching
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