Métiers à impact : comment avoir un impact qui dure sans s'épuiser

On cherche souvent à avoir de l'impact comme on court un sprint. Pourtant, l'impact se construit sur la distance. C'est une course de fond.
Pendant des années, j'ai cherché à avoir le plus d'impact positif possible sur la société et l'environnement. Avec une question : est-ce que j'en fais assez ? Et le sentiment tenace de pouvoir toujours faire plus, faire mieux. Jusqu'à l'épuisement.
Ma conviction, forgée au fil des rencontres lors des coachings et de mon propre parcours : la bonne question n'est pas « comment avoir le plus d'impact ? », mais « quel impact puis-je avoir durablement, sans m'épuiser à le porter ? » Pas d'idéalisme. Du pragmatisme.
Et c'est heureux, la société n'a pas besoin d'engagements héroïques qui s'éteignent en deux ans, mais de personnes engagées… qui le restent.
Yasmine (prénom fictif, pour des raisons de confidentialité), 37 ans, cadre dans un grand groupe industriel, est arrivée en coaching avec une conviction chevillée au corps :
« Je ne veux plus travailler pour une entreprise qui ne sert que ses actionnaires. Je veux participer à l'amélioration de notre société. »
Son intention était belle. Mais face à la profusion des « métiers à impact », des structures de l'ESS (ONG, associations, entreprises à mission) et des postes de RSE en entreprises « classiques », elle s'y perdait. Elle cherchait LE métier qui aurait le plus d'impact, quitte à se plier à un idéal qui ne lui ressemblait pas vraiment.
Qu'est-ce qu'un impact « positif », au juste ?
On parle d'« impact » comme d'une évidence. Mais à quoi le reconnaît-on ? L'économiste Amartya Sen, prix Nobel, offre une grille précieuse. Pour lui, l'impact ne s'évalue pas aux moyens déployés ni aux bonnes intentions, mais par une chose très concrète : les personnes peuvent-elles réellement faire et être davantage de ce qui compte pour elles ? C'est ce qu'il appelle élargir leurs « capabilités », leurs libertés réelles de choisir et d'agir.
Un exemple : construire une école n'a pas d'impact parce que « l'éducation, c'est bien ». Elle en a si, concrètement, des enfants qui n'apprenaient pas peuvent désormais apprendre, et accéder à des choix qu'ils n'avaient pas. L'intention ne suffit pas ; c'est la différence réelle dans la vie des gens qui fait l'impact.
Transposé à votre métier, cela déplace la question : non plus « quelle est la cause la plus noble ? », mais « où, concrètement, pouvez-vous, vous, faire une différence réelle ? »

Et à cette question, personne ne peut répondre à votre place. Car le « où » dépend de qui vous êtes : vos valeurs, vos forces, ce qui vous met en mouvement sans vous vider, sans efforts. Un impact qui dure ne commence donc pas par le choix d'une grande cause, mais par une meilleure connaissance de soi.
Pourquoi l'idéalisme s'épuise et pas l'engagement aligné
Les psychologues Edward Deci et Richard Ryan, avec la théorie de l'autodétermination, distinguent deux moteurs de l'action. La motivation « autonome » naît de ce qui nous correspond vraiment, de nos valeurs profondes : elle nourrit l'énergie. La motivation « contrainte », le « je dois », le « il faut », la culpabilité de ne pas en faire assez, la consomme sans la renouveler.
J'illustre souvent cette différence en parlant de l'énergie solaire, inépuisable, versus la batterie de notre smartphone qui s'épuise et qu'il faut recharger périodiquement au risque de ne plus pouvoir se servir de notre portable.
L'idéalisme, quand il devient injonction (« je dois sauver le monde »), relève souvent du second moteur. Il pousse à viser toujours plus haut, toujours plus loin. Et il a tendance à s'essouffler. L'engagement qui dure, lui, s'enracine dans qui l'on est : ni au-dessus de ses forces, ni à côté de soi.
Quand l'épuisement est déjà là, ses mécanismes méritent qu'on s'y arrête : je les explore dans mon article sur le burn-out dans l'ESS.
Faire sa part : la sagesse du colibri
Vous connaissez peut-être la légende amérindienne du colibri, que Pierre Rabhi aimait tant raconter. Tandis qu'un grand incendie ravage la forêt et que les animaux, accablés, regardent sans bouger, le minuscule colibri fait des allers-retours pour déposer quelques gouttes d'eau sur les flammes. Le tatou, agacé, lui lance que ce n'est pas avec si peu qu'il éteindra le feu. Et le colibri répond qu'il fait sa part.
Faire sa part : pas tout le feu, pas tout seul, pas tout de suite. Sa part. C'est, à mes yeux, la définition la plus juste d'un impact durable. L'impact d'une vie ne se joue-t-il pas dans la constance d'une trajectoire ? Et non dans l'intensité d'un moment ?
Les pièges que je rencontre le plus souvent
Chez les personnes qui travaillent (ou veulent travailler) dans des métiers à impact, certains schémas reviennent :
- Vouloir tout résoudre, seul·e
- Faire passer ses propres besoins après la mission de l'organisation
- Chercher LE métier à impact sans se demander qui l'on est vraiment
- Refuser de voir ses limites
- S'épuiser au mauvais endroit parce qu'« on est utile » pour la société
Aucun de ces pièges n'est un défaut de volonté. Ce sont, au contraire, les revers de très belles qualités : la générosité, la loyauté, l'exigence. Dans ces cas-là, le coaching ne vient pas les corriger, mais les remettre au service d'un engagement pérenne.
Trouver VOTRE impact durable : ce que permet le coaching
Dans le cadre d'un coaching professionnel, vous pourrez :
- Clarifier vos valeurs et ce que « avoir de l'impact » veut dire pour vous, précisément
- Identifier où vous avez le plus de plaisir à agir sans efforts
- Distinguer ce qui relève de votre part et ce qui ne vous appartient pas
- Apprendre à poser des limites sans renoncer à votre engagement
- Identifier vos besoins non négociables et apprendre à les faire entendre
- Construire une trajectoire que vous pourrez tenir sur le long terme
Et seulement après, le coaching pourra vous amener à réfléchir aux opportunités d'emploi et à leur impact. Cela pourra vous amener à réfléchir au greenwashing et au socialwashing. Mais seulement après avoir appris à vous connaître en profondeur !
Yasmine n'a finalement pas rejoint une ONG. Elle a pris une année pour se former en RSE et a choisi un poste de chargée de mission RSE dans une entreprise textile, avec des objectifs qu'elle a identifiés comme mesurables, avec une vraie marge de manœuvre ; un impact qu'elle a ressenti comme étant le sien, celui qu'elle pourra porter des années sans s'y perdre.
Pourquoi ce sujet me tient à cœur
Toute ma carrière, du terrain en Afrique à la RSE puis au mécénat, j'ai cherché à avoir de l'impact. Et je me suis longtemps demandé si j'en avais assez. J'ai appris, parfois durement, au prix d'un burn-out, que l'impact n'est pas un sprint que l'on gagne à bout de souffle, mais une course de fond qui se prépare et qui respecte nos besoins. C'est cette conviction, vécue de l'intérieur, que je mets aujourd'hui au service des personnes que j'accompagne.
Votre impact sera d'autant plus grand qu'il tiendra dans la durée. Et il ne tiendra que s'il respecte qui vous êtes vraiment.
Vous vous posez des questions sur votre façon de contribuer durablement ? Un premier échange peut vous permettre d'y voir plus clair.

Catherine Chevalier
Coach professionnelle certifiée RNCP – Sens et Engagement Coaching
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