Recherche d'emploi : et si le plus dur n'était pas de perdre son salaire ?

Femme en recherche d'emploi questionnant son identité professionnelle

Perdre son emploi, ce n'est pas seulement perdre un revenu. C'est perdre un rythme, des liens, un statut, une identité. Et c'est souvent là que se joue le plus difficile.

Nathalie, 53 ans, occupait un poste de direction dans le secteur de la santé. Elle est venue en coaching après son licenciement, avec un besoin clair : retrouver rapidement du travail sans brader ses compétences. Mais elle se sentait « incapable de tenir » pendant cette période de recherche d'emploi. Et, très vite, elle a mis des mots sur ce qui la faisait le plus souffrir : le plus dur n'était pas de perdre son salaire. C'était de devoir recroiser d'anciens collègues.

Quand « tenir » devient le vrai défi

Les premières séances ont d'abord fait place à l'émotion. Puis Nathalie a découvert que ce qui la troublait le plus était le fait d'avoir perdu son titre professionnel. Ne plus pouvoir dire ce qu'elle « est ». Ne plus avoir de signature. Ce n'était pas qu'une question d'argent. C'était aussi une question d'identité.

Ce qu'un emploi nous apporte, bien au-delà du salaire

Pour comprendre cette douleur, il faut remonter au début des années 1930. La psychologue sociale Marie Jahoda étudie, avec Paul Lazarsfeld et Hans Zeisel, le village autrichien de Marienthal, frappé par la fermeture de son usine et un chômage de masse. Leur observation est restée célèbre : privés de travail, les habitants ne souffraient pas seulement de la perte de leur revenu. Le temps se déstructurait, les liens se distendaient, l'énergie collective s'éteignait.

De ce travail, Marie Jahoda a tiré ce que l'on appelle le modèle de la privation : au-delà de sa fonction manifeste, le revenu, l'emploi remplit cinq fonctions latentes, invisibles tant qu'on les possède.

  • Il structure le temps et rythme nos journées.
  • Il tisse des liens sociaux en dehors du cercle familial.
  • Il nous relie à un but collectif qui nous dépasse.
  • Il confère un statut et une identité.
  • Il impose une activité régulière, source d'utilité.
Schéma des cinq fonctions latentes de l'emploi selon Marie Jahoda
Ce que l'emploi apporte, selon le modèle de privation de Marie Jahoda.

Perdre son emploi, c'est être privé de ces cinq dimensions d'un seul coup, pendant que le regard des autres continue de nous renvoyer à ce que nous « étions ».

Voilà pourquoi « tenir » est si difficile, et plus encore lorsqu'on a déjà une longue carrière derrière soi : il y a tout simplement davantage d'identité à reconstruire.

Apprendre à ne plus « être » son métier

Il y a, dans notre langue, un petit mot qui nous joue des tours : le verbe être. Nous disons « je suis directrice », « je suis comptable » comme si la fonction ou la formation et la personne ne faisaient qu'un. Le linguiste Alfred Korzybski mettait en garde contre ce « verbe être d'identité » : la carte n'est pas le territoire, et le mot n'est pas la chose. Vous n'êtes pas votre métier. Vous avez une formation, vous exercez une profession, vous faites un travail.

Ce glissement de langage est important. C'est ce que le coaching appelle « mettre de la distance ». Car si « je suis mon poste », alors perdre ce poste, c'est me perdre moi. Tandis que si « j'ai une formation et j'exerce un métier », je reste entier, même entre deux emplois.

Une recherche d'emploi est d'abord une transition

Le spécialiste des transitions, William Bridges, a montré qu'aucun changement de vie ne commence par un nouveau départ. Il commence par une fin, un deuil, parfois minuscule, parfois immense. Puis il traverse ce qu'il nomme la « zone neutre » : cet entre-deux inconfortable où l'ancien rôle n'est plus et où le nouveau n'est pas encore là.

Une recherche d'emploi n'est pas qu'une succession de candidatures : c'est précisément ce passage par la zone neutre. Le comprendre change tout. On cesse de se vivre comme « incapable de tenir » pour s'autoriser à traverser une étape normale et féconde.

Ce que le coaching a changé pour Nathalie

Je n'ai pas trouvé d'emploi à la place de Nathalie. Le coaching l'a aidée à faire un tri en distinguant ce qui dépend de soi de ce qui ne nous appartient pas. À partir de là, elle a pu travailler ses peurs, les vraies comme les injonctions extérieures, clarifier ses besoins non négociables et reformuler ce qu'elle valait au-delà d'un titre. Puis, seulement ensuite, Nathalie a posé un plan d'action avec des options, des étapes et des priorités.

Ce qui était vécu comme un parcours du combattant est devenu une exploration. Plus sereine. Et donc plus efficace. Nathalie a d'abord retrouvé son énergie, ses envies, et une façon plus juste de parler d'elle. Le poste est venu ensuite.

Vous n'êtes pas votre titre : vous avez un savoir-faire et une manière de le déployer qui n'appartient qu'à vous.

Pourquoi ce sujet me touche

Pour avoir moi-même changé de voie, je sais ce que c'est que de ne plus pouvoir se présenter d'un mot familier, en l'occurrence pour moi en tant qu'ingénieur agronome, et de devoir réapprendre à dire ce que l'on fait, et non qui l'on est.

J'ai découvert, à cette occasion, que ma valeur n'avait jamais tenu dans un intitulé de poste ou une formation. C'est cette conviction qui guide chacun de mes accompagnements.

Vous traversez cette période de recherche d'emploi, ou vous l'appréhendez ? Vous n'êtes pas obligé·e de la vivre seul·e. Un premier échange peut vous permettre d'y voir plus clair.

L'histoire de Nathalie est une synthèse de différentes situations rencontrées en coaching. Elle ne correspond à aucune personne ni aucune situation en particulier.

Catherine Chevalier, coach professionnelle certifiée RNCP

Catherine Chevalier

Coach professionnelle certifiée RNCP – Sens et Engagement Coaching

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